Dysfonction ?
- Véronique Gillas
- 26 juil. 2024
- 3 min de lecture

Est-ce une impression, ou le nombre de « dys » est-il en constante augmentation ? Le développement de nos connaissances en matière de neuroscience notamment y est très probablement pour quelque chose. Plus on comprend comment les choses sont censées fonctionner plus on est à même de recenser celles qui présentent une anomalie ou un mauvais état de fonctionnement.
Mon propos n’est pas ici de m’attarder sur tous les « dys » tels qu’on l’entend généralement, mais plutôt sur ce terme de dysfonction souvent employé dans le domaine de la nutrition et de la micronutrition.
Si je ne nie pas que parfois des choses dysfonctionnent (et les mettre en évidence est d’ailleurs l’objectif de l’approche fonctionnelle), je souhaiterais ici apporter un peu de flexibilité dans l’évaluation de ces dysfonctions. En effet, à trop vouloir normer les choses, on risque de qualifier de dysfonctionnels des systèmes physiologiques ou des comportements, qui en réalité ne le sont pas, au motif qu’ils sont « en dehors des clous » ou autrement dit, en dehors de ce que l’on attend d’eux. L’humilité du thérapeute doit le conduire à observer le patient, afin de lui proposer une approche qui lui soit réellement utile, en lui apportant un mieux-être, et non qui lui permette de rentrer dans des cases.
Voyons deux exemples pour éclairer mon propos.
D’un point de vue physiologique, les approchent qui s’intéressent tout particulièrement aux nutriments et micronutriments, utilisent souvent les analyses biologiques. Elles ont tendance à avancer des normes chiffrées qu’il serait souhaitable d’atteindre pour s’assurer que les fonctions du corps soient optimales. Le travers d’une telle approche est de s’intéresser davantage aux résultats de l’analyse du patient qu’à ses signes cliniques. Même si le résultat biologique est différent de ce qui est censé être la norme optimale, et que l’on pourrait être tenté d'en conclure qu’il y a dysfonction et vouloir ajuster, si le patient présente un tableau clinique fonctionnel, nous devons probablement nous garder de tout ajustement.
Deuxième exemple orienté d’un point de vue comportemental, et notamment du point de vue de la relation à la nourriture, puisque c’est le sujet qui nous intéresse ici. Le risque est de cataloguer d’un côté ce qui se fait, et de l’autre, ce qui ne se fait pas, sans s’interroger pour savoir si le comportement en question est fonctionnel ou pas pour la personne considérée. Nous avons tous une relation à la nourriture qui nous est personnelle
Certains penseront avoir « raté » leur journée parce qu’ils ont succombé exceptionnellement et mangé 3 biscuits. Cette sensation peut induire le fameux « foutu pour foutu » qui va conduire la personne à une orgie alimentaire jusqu'au soir ou encore à une réaction qui semble au premier abord beaucoup plus fonctionnelle, à savoir faire particulièrement attention le lendemain pour « compenser ». Cette dernière attitude est à priori saine dans le cadre d’une recherche d’équilibre alimentaire. Mais elle peut aussi être révélatrice de restrictions qui induisent justement le fait de succomber. L'interrogatoire et la clinique du patient nous diront si c'est fonctionnel ou pas.
D’autres auront besoin de manger 3 biscuits tous les jours pour préserver leur équilibre psychique. On pourrait très bien se dire qu’il n’est pas sain de manger des biscuits tous les jours et que ce comportement est dysfonctionnel. Ce serait oublier un peu vite la composante mentale de la santé. « Un esprit sain dans un corps sain »
Comme quoi, là encore, vouloir faire entrer les gens dans des cases risque d’être plus préjudiciable qu’autre chose.
Ne pas se fier aux apparences, écouter le patient, faire preuve de personnalisation et de discernement est incontournable dans la démarche fonctionnelle.
C’est avec plaisir que je vous partage ces informations. Merci de mentionner la source si vous partagez à votre tour tout ou partie de mes articles.



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